EN FRANCE
1 - La voix
Flashback Le début : L'inscription en Ecole de Commerce
Elle entendit une voix émaner d'elle. Cette voix était claire et limpide. Elle était différente de la sienne, et Lys ne pouvait vraiment saisir d'où elle venait. Et cette voix lui dit simplement : "Ne t'inscris pas."
Immédiatement, entendant cette voix prononcer cette injonction, Lys paniqua. Elle ressentit le besoin de l'écouter.
Mais, tout cela ne faisait pas grand sens. Elle avait travaillé dur durant deux ans pour être acceptée dans une Ecole de Commerce. Elle avait mis sa vie entre parenthèses pendant deux ans. Elle avait affronté tellement de challenges qu'il lui semblait inconcevable d'abandonner le projet d'aller en Ecole de Commerce, qui correspondait à tout le fruit de ses efforts effectués pendant deux années entières.
Elle se disait qu'elle avait souffert, qu'elle avait dû abandonner l'idée d'avoir une relation amoureuse pendant ces deux années, qu'elle avait fait une croix sur les amitiés extérieures aux Classes Préparatoires.
Et voilà qu'une sorte de voix mystique lui disait de ne pas s'inscrire. Lys secoua la tête, comme si son geste avait pour but de chasser cette voix, et surtout l'idée de ne pas aller en Ecole de Commerce.
Elle reprit la lecture du papier d'inscription.
"Veuillez recopier et compléter les lignes ci-dessous :
Je soussigné(e), -nom et prénom-, né(e) le -date de naissance-, m'engage à payer la somme de 30 000 euros..."
Soudain, Lys n'arrivait plus à lire, pour une raison inconnue, les larmes lui vinrent. Elle pouvait sentir son corps devenir bouillonnant. Sa main tremblait, elle se sentait comme n'étant plus en contrôle de ses membres, comme si son corps n'était pas sien et qu'elle cherchait à contrôler le corps d'une autre.
"Ressaisis-toi" se dit-elle.
Rien n'y fit.
Elle respira lentement, se concentrant sur sa respiration, faisant le vide en elle.
"Tu ne veux pas prendre cette voie. Cela n'a jamais été ta propre décision." entendit Lys à l'intérieur d'elle-même.
2 - La renonciation
Elle trouva un papier qui concernait les candidats souhaitant renoncer à l'entrée en école de commerce, il s'agissait d'une lettre de renonciation à signer. Une simple signature, un timbre, une lettre à la poste pouvaient lui faire faire une croix sur tout un avenir. Curieusement, elle signa immédiatement, sous le coup de l'impulsion. Elle ne savait pas vraiment ce qui lui arrivait, mais son désir d'écouter cette voix se fit entendre, et se transforma en action.
Elle réfléchit à ce qu'elle venait de faire. Elle ne comprenait pas sous quelle impulsion elle agissait, il ne s'agissait pas de sa propre décision, elle sentait qu'elle était guidée par une autre entité, quelqu'un d'extérieur à elle, qui voulait son bien.
Elle regarda sa signature écrit noir sur blanc, et sentit les larmes monter. Elle avait signé, de sa propre main, mais ne comprenait pas ses raisons. Et, lorsqu'elle réalisa qu'elle pouvait potentiellement ne pas aller en Ecole de Commerce, elle ressentit comme un immense soulagement. Elle n'avait pas peur, ne ressentait aucune angoisse, simplement, un énorme soulagement.
Elle alla chercher une enveloppe et un timbre puis revint dans sa chambre. Tout cela se faisait en secret. Elle n'en avait parlé à personne, elle ne voyait pas à qui elle pourrait confier cette acte de ... folie. Abandonner l'entrée en Ecole de Commerce après deux ans de Classes Préparatoires ne pouvait pas être considéré, selon elle, comme un acte révélant d'une santé mentale en bon état.
Elle mit la lettre dans une enveloppe blanche, écrivit au dos le nom et l'adresse de l'Ecole de Commerce, et colla le timbre. Un sentiment d'excitation fit battre son coeur rapidement.
Elle se leva, enfila ses chaussures et sortit par la porte d'entrée de la maison. Il faisait étrangement froid. Lorsqu'elle mit les pieds dehors, elle ressentit un goût de liberté, comme si elle faisait quelque chose d'interdit et que cela lui redonnait le sentiment de pouvoir sur sa vie.
Elle n'y croyait pas, elle allait poster cette lettre.
Elle était déterminée, elle marchait à vive allure, comme si le fait de ralentir pourrait lui faire regretter sa décision.
Arrivée à la boîte aux lettres, elle se stoppa. Un sentiment d'urgence d'une remise en question, d'une rationalisation de tout ce qui venait de lui arriver s'imposa à elle.
"Je ne vais pas faire cela" s'ordonna-t-elle tout haut.
Lys respira.
"Je ne vais pas foutre en l'air mon futur." se promit-elle.
"Il ne s'agit pas de compromettre ton futur. Ecoute-moi." dit une voix claire, que Lys reconnut aussitôt.
Les larmes montèrent aux yeux de Lys.
Elle se sentait perdue, à nouveau. Tout se passait comme si elle ne contrôlait pas son avenir.
3 - La confrontation
3 - La dépression
Lys se réfugia dans la lecture et dans l'écriture. Elle avait le sentiment que personne ne pourrait la comprendre et que sa décision résultait d'un coup de folie. Elle voulait se raisonner, retrouver son bon sens, sa capacité à utiliser son cerveau en bonne et dûe forme.
Elle se demandait ce qui lui avait pris. Avait-elle réellement entendu une autre voix, ou avait-elle simplement fait une crise de folie ?
Elle se rendait soudainement compte qu'elle avait, sur un coup de tête, dit non à un futur radieux.
Elle avait travaillé si dur, elle pensait que cela valait le coup, puisque son père lui avait dit qu'il fallait qu'elle trouve un travail stable, bien rémunéré, pour qu'elle parte après à la retraite sans problème.
Mais Lys n'avait pas pris conscience de ce à quoi elle avait renoncé lorsqu'elle avait pris la décision de ne pas étudier en école de commerce. Lys avait soudain peur du futur, elle ne savait pas dans quelle direction orienter son futur, futur qui avait été programmé à l'avance pour les quarante voire cinquante ans à venir.
4 - La confrontation bis
"Tu sais, ma fille, je ne sais pas comment t'aider. En tant que Père, je m'inquiète pour toi. Je ne sais pas comment tu t'en sortiras. Je te savais raisonnable, un peu trop soucieuse, un peu trop sérieuse. Je m'inquiétais même parfois, je me demandais si tu songeais à profiter de la Vie de temps en temps, pour te dire !
Et là, tu me dis que tu veux voyager. Tu me parles d'écouter ton coeur, de rêver grand....
Tu es différente. Je ne te reconnais plus.
En tant que Père, j'aimerais pouvoir t'interdir de prendre des risques, car moi, tu vois, je n'ai jamais voulu prendre de trop grands risques, et c'est ainsi que j'ai pu bâtir cet maison, vous offrir un toit, à toi et à tes frères.
Si j'avais parcouru le monde, alors peut-être que je n'aurais rien pu vous offrir et vous ne seriez sûrement pas nés, toi et tes frères.
Mais après tout, tu es grande, je ne peux que te dire que je ne suis pas d'accord avec le fait que tu partes. La Vie s'emparera de toi et ne fera qu'une bouchée de toi ! Les temps sont durs, ne le réalises-tu pas, ma fille ? Où vas-tu ainsi ? Ecoute moi, ne pars pas... Je..."
**
Mais, elle n'écoutait plus. Depuis longtemps, elle n'écoutait plus.
Un jour, elle s'était réveillée, et elle avait vu les années futures devant elles paraître si longues qu'elle aurait voulu en mourir.
Elle voulait croire en la Vie, elle voulait penser que la Vie était une Aventure. Elle ne voulait pas avoir Peur, elle voulait choisir de vivre dans l'Amour, et la Joie.
Etait-ce puéril de rêver ? Peut-être.
Qu'était-elle devenue après tant d'années à avoir peur de rêver ? Elle s'était éteinte, petit à petit, comme si chaque parcelle de son petit corps, de son âme se décomposait lentement, jour après jour.
Elle voulait sentir cette liberté de croire en la Vie. En écoutant son coeur, elle savait qu'elle aurait toujours cette divine Energie avec elle, cette Source d'Amour de son côté. Elle avait besoin de vivre selon sa Foi, car oui, elle avait Foi en la Vie.
La Vie n'était pas contre elle, cela n'était qu'un point de vue, le point de vue de son Père. La Vie n'était contre personne, sauf celles qui en décidaient ainsi.
Et, elle, avait décidé qu'il avait tout bonnement ... tort.
Elle ne pouvait être d'accord avec lui. Son discours, sa pensée, ses actes n'étaient pas régis par l'Amour ou la Foi, mais par la Peur. Et, elle, ne voulait plus vivre dans la Peur. Il fallait qu'elle soit forte, qu'elle croit d'abord en elle-même, et en ses convictions.
La Vie n'avait pas à être combattue. En écoutant son coeur, elle n'avait qu'à agir avec confiance, Amour et Joie. Et tout se passerait bien. Elle le savait. Et c'est pour cela qu'elle n'écoutait plus, et ce, depuis bien longtemps maintenant.
***
Elle voulait devenir une Femme forte, indépendante, et libre.
4 - Le départ
Elle ferma sa valise, la descendu dans le hall d'entrée, sortit ses clés et ouvrit la porte.
"Je m'en vais."
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